Vendredi 27 novembre 2009
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par Christian Saint-Etienne, Conseiller régional, Secrétaire national l'économie du Nouveau Centre
Tribune parue dans le Monde du 25 novembre 2009
La France vient de traverser une crise trés grave, comme l'ensemble du monde industriel, et même si elle a été moins touchée que nombre d'autres pays, le rebond sera faible car notre industrie
est affaiblie, nos PME sont trop petites et fragiles, et nous avons du mal transformer à grande échelle nos innovations en produits.
Comment relancer l'économie française tout en améliorant la qualité de vie sur nos territoires ? Le monde connaît une mutation de l'organisation de l'espace et des sources de développement
économique. Depuis la fin des annes 1980, l'économie des pays avancés est fondée sur l'innovation. La prosprité des territoires et des pays est fortement conditionnée par l'essor d'une "économie
entrepreneuriale de la connaissance" qui est un écosystme socio-économique favorisant, notamment par l'action d'intermédiaires spécialisés, les interactions entre entrepreneurs,
capitaux-risqueurs et investisseurs, chercheurs, développeurs, ingénieurs de production et opérateurs de production, afin de développer en permanence de nouveaux produits et services aptes
répondre une demande solvable dans un univers concurrentiel.
Cette "économie entrepreneuriale de la connaissance" (EEC) a permis l'essor des technologies de l'information et de la connaissance (TIC) et des technologies biologiques. Elle est en train de
bouleverser les modes de production et de distribution, y compris dans les secteurs traditionnels.
L'EEC n'épuise pas les sources de la croissance future. Il y aura toujours des entreprises opérant sur des marchés locaux, des services à la personne, d'utiles politiques sectorielles ou de
filières. Mais l'EEC est le ferment de la croissance future et surtout le principal facteur d'explication des écarts de taux de croissance entre pays. Que la France soit aujourd'hui pratiquement
absente de la production de produits dérivés des technologies de l'information, même si elle les utilise bien, qu'elle soit faible dans la production de biotechnologies alors que la recherche
fondamentale française dans ce secteur est excellente, que le passage des laboratoires la production de biens et services dans la plupart des secteurs reste un parcours du combattant en dépit de
toutes les mesures prises, tous ces éléments témoignent de la faiblesse du développement de l'EEC dans notre pays et contribuent massivement l'affaiblissement de notre croissance.
Autre point capital : cette économie moderne s'enracine dans les métropoles compétitives, dans un bouillonnement créatif qui ne peut être que frein, d'une part, par les structures de recherche
opérant en silos et se méfiant des entrepreneurs, et d'autre part, par des organisations territoriales la fois bureaucratiques et organises en mille-feuille.
Cette conjugaison de l'essor de l'EEC et de la métropolisation de l'innovation est la fois le phénomène décisif de la transformation de notre environnement et le nœud des contradictions et des
blocages français. Notre pays est tétanisé par une évolution qu'il comprend mal, et qui surtout remet totalement en cause tous nos systèmes d'organisation publics et privés. La violence des
oppositions sur l'évolution vers le Grand Paris n'est qu'un symptôme de cette tétanisation.
Il faut comprendre comment interagissent l'EEC et la métropolisation. Pour faire court, la R&D, l'entreprise, le capital-rique et les réseaux d'innovation sont les ingrédients pour fabriquer
la "soupe biologique" dans laquelle naît l'EEC qui se traduit, si le processus réussit, par la multiplication d'entreprises innovantes. Mais cette soupe biologique ne peut se former que dans un
bol constitué de rseaux de transport et de communications, et de concentration de capital humain : c'est la métropole. La métropole est le réceptacle qui rend possible l'émergence de l'EEC, qui
produit les emplois d'aujourd'hui est de demain. La France a beaucoup de grandes villes mais peu de "métropoles modernes" au sens qui vient d'être défini (Grenoble est la seule réussite française
ce jour). Même Paris, qui est une des trois ou quatre "villes-mondes" de la planète, n'est pas une "métropole moderne" : son taux de croissance est deux trois plus faible que celui des vraies
métropoles.
Comment faire évoluer notre République pour entrer dans ce nouveau monde de développement métropolitain, tout en prenant en compte la faible taille de nos villes, la faible densité de nos
territoires et les besoins des territoires ruraux ?
Pour faire court, il faut s'appuyer sur trois réseaux de villes et sur les régions. La France compte trois ou quatre "métropoles naturelles" (Grand Paris, Grand Lyon et Grand Marseille, et sous
certaines conditions Grand Toulouse), une quinzaine de métropoles de rang européen, et l'on peut construire une cinquantaine de "métropoles de la ruralité" pour animer nos territoires. Les
régions doivent recevoir trois nouvelles responsabilités : maillage des territoires avec les PME par des réseaux d'innovation et de financement, réseaux de transports régionaux et
inter-régionaux, lutte contre le mitage des territoires par une densification organisée.
Ces trois réseaux de ville et les régions renforcées doivent organiser leur action dans le cadre d'un "master plan de développement national" qui doit être préparé, en concertation avec tous ces
acteurs, par une structure (type haut commissariat ou toute variante) qui donne une cohérence l'ensemble de ces actions.
Le gouvernement vient de présenter un projet d'organisation des collectivités. Il crée un nouveau statut de "métropole" sous forme d'EPCI (établissement public de coopération intercommunale) et
un statut de "pôle métropolitain" qui reste un "objet juridique" à construire.
Ces innovations juridiques n'ont de sens que si la France adopte une stratégie d'ensemble qui passe d'une approche fondée sur des institutions et des procédures une approche fondée sur des
acteurs et des stratégies.
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